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Le concept Less is more : petite réflexion sur le minimalisme graphique


Vous l’aurez peut-être déjà remarqué : dans l’Art ou dans l’Architecture, on a tendance à passer d’un extrême à l’autre. Ainsi les courants basculent depuis des siècles : en 2000 ans nous sommes passé de l’Art Roman au gothique, puis gothique flamboyant qui sera balayé par le style renaissance se détournant des acquis du moyen-âge pour revenir au dépouillement des canons antiques. La renaissance laisse place au Baroque, puis au Rococo avant de revenir vers le Classicisme. 150 ans plus tard l’Art Nouveau apparaît, avec toute la richesse et la complexité qu’on lui connaît, puis s’opère une nouvelle rupture avec les mouvements d’Art Modernes dans les années 20.


Les cycles s’enchaînent, inlassablement, passant de l’extravagance à la sobriété.


Et bien dans le design, c'est pareil ! Il est peu probable en effet que vous n’ayez jamais entendu parler de minimalisme, concept très en vogue ces derniers temps. Utilisé à toutes les sauces, le phénomène minimal a pris une ampleur bien réelle. Mais que se cache-t-il derrière cette tendance ?


Les origines


Dans les années 30, la société de consommation connaît un essor fulgurant, faisant apparaître de nouvelles problématiques économiques et sociales. Les designers du Bauhaus tentent d’y répondre en plaçant l’humain au cœur de leurs créations. Ils proposent une production standardisée, utilisable et appréhendable par tous.



La Staatliches Bauhaus est une école d'architecture et d'arts appliqués, fondée en 1919 à Weimar (Allemagne) par Walter Gropius. Par extension, Bauhaus désigne un courant artistique concernant, notamment, l'architecture et le design, la modernité mais également la photographie, le costume et la danse. Ce mouvement posera les bases de la réflexion sur l'architecture moderne, et notamment du style international. L'école a eu trois directeurs : Walter Gropius, Hannes Meyer et Ludwig Mies van der Rohe.

Le style a fortement influencé le design moderne, car il a développé l’idée qu’un produit pouvait être à la fois simple, esthétique, fonctionnel et accessible au plus grand nombre.


Less is more


Le minimalisme est l'héritier du Bauhaus.


Il fait sienne la maxime d'un des grands représentants du Bauhaus, l’architecture allemand Ludwig Mies van der Rohe «(1886 – 1969) : « less is more », l'amélioration d'une œuvre se faisant selon les minimalistes par soustraction.



Less is more est une maxime minimaliste qu’on pourrait traduire par « moins c’est plus ».

Elle pose les bases de ce qui deviendra par la suite un courant d’art contemporain, l’Art minimal, puis une tendance plus globale dans différents domaines : l’architecture, la musique, la littérature… et le design graphique.


Cette tendance se caractérise par l’utilisation d’éléments simples, de lignes épurées, de matériaux sobres. L’idée étant de se libérer le plus possible des artifices qui ne sont pas essentiels.


Comment faire simple ?


Aujourd’hui cette tendance est très populaire : que ce soit en art, en architecture ou en design graphique, le secret du minimalisme réside dans notre capacité à faire des choix. Il ne s’agit pas uniquement d’en appliquer les codes sans réellement les comprendre.





Nous souhaitons tous des compositions graphiques « épurées, simples et intuitives… ». Personne ne vous demandera de faire chargé et compliqué… Tout le monde souhaite le simple et l’intuitif.

Il s’agit donc de se poser les bonnes questions, mais surtout d’y répondre de la meilleure façon, tant que faire se peut. Pour arriver à l’essentiel, nous sommes contraints de supprimer certains éléments, certains objets, certaines fonctionnalités… Lesquelles sont indispensables ? Lesquelles seront inutiles ?


Faire simple, c'est faire des choix.

Le minimalisme de marques


En identité visuelle, modernité oblige, le graphisme minimaliste sera adopté par beaucoup d’entreprises durant la seconde moitié du XXe siècle.


Beaucoup utilisent le minimalisme pour simplifier leur message et ainsi imposer leur image. Ce sont souvent des marques très connues et facilement reconnaissables par le grand public.


Cela ne vous aura pas échappé, depuis quelques années la plupart des grandes marques se conforment aux standards du Minimalisme (Google, Dropbox, Facebook, Apple, …)


Les GAFA ont lancé la mode, et l’on se demande aujourd’hui si certaines marques ne choisissent pas cette voie lisse et impersonnelle pour se faire une place dans la cour des “Grands”.


La nouvelle identité d’Uber dévoilée en septembre dernier, positionne la marque au paroxysme de cette tendance ultra minimale et dénuée de superflux.



Une typographie bâton fortement inspirée du style Suisse, uniquement déclinée en noir et blanc, et une iconographie directement inspirée des signalétiques de gares ou d’aéroports.


Mais pourquoi choisir cette neutralité déconcertante, alors que la force même d’une identité est de se démarquer pour être reconnue ?


Il paraît évident qu’Uber a acquis suffisamment de notoriété aujourd’hui pour se permettre d’assumer cette aseptisation identitaire et privilégier la fonction à la forme.


Ainsi, la typographie universellement reconnaissable dévoile un message accessible à tous, sans connotation politique ou culturelle. Il faut dire que la marque avait bien besoin de relisser son image après toutes les polémiques qu’elle a suscité ces dernières années !


Pourtant, derrière cette identité d’une apparente simplicité, se cache un travail de composition et d’animation extrêmement léché qui vient non seulement appuyer le message pour le rendre d’autant plus visible, mais aide également à la lisibilité et à l’accompagnement de l’utilisateur.


Mais une question se pose : en voulant simplifier le message à l’extrême ne risque-t-on pas de créer une normalité pauvre et ennuyante, qui par son manque de diversité peut engendrer un amalgame entre différentes marques et les desservir ?


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